Quelques
mois plus tard, ne pouvant oublier sa rencontre avec Onisaburo
Deguchi, il prit la décision de repartir pour Ayabe et de vivre
auprès de Onisaburo afin de vivre une vie spirituelle plus riche et de
retrouver la paix intérieure en menant une vie d'ascète . Il commence
alors une nouvelle vie parmi les disciples de la religion Omoto en
compagnie de sa femme Hatsu et de leur fille Hatsuko âgée de huit ans.
Il adopte avec enthousiasme
la vie simple des membres de la communauté et fit rapidement partie du cercle
des proches d'Onisaburo. Onisaburo Deguchi fut très impressionné par les compétences
martiales de Morihei et l'encouragea à enseigner aux adeptes de la religion
Omoto. Morihei trasforme alors sa maison en un dojo de dix-huit tatamis et fonde
l'académie d'arts martiaux Ueshiba, où il enseigna le Daîto-Ryu
Jujutsu.
Il demeure ainsi auprès de maître Deguchi durant huit ans, période durant
laquelle son fils Takemori âgé de trois ans et Kunihoru âgé
d'un an décèdent de maladies infantiles.
En 1921,
l'épouse de Morihei donne naissance à un nouveau fils, Kisshomaru.
La pratique et l'enseignement des arts martiaux revêt, pour Morihei, un
caractère de plus en plus spirituel. Il prend de plus en plus ses
distances avec les budôs traditionnels pour développer sa propre
approche originale et s'absorber de plus en plus dans l'étude du Kotodama.
En 1922,
après une visite de son maître Sokaku Takeda dans la
secte Omoto, il reçoit de celui-ci un diplôme officiel d'enseignement
et il nomma pour la première fois son nouveau budô "Aïki-bujutsu"
connu du public comme le Ueshiba-ryu-aïki-bujutsu.
L'aventure
en Mongolie.
Les projets
de Onisaburo Deguchi pour accroître l'influence de
la religion Omoto étaient nombreux et grandioses; il expose à maître Ueshiba
et à une poignée d'amis un dessin extrêmement secret et utopique, consistant
à instaurer un état religieux en Mongolie ou s'affronte les armées chinoise
et japonaises et y créer une alliance sino-japonaise.
Le
13 février 1924 Onisaburo,
maître Ueshiba et un groupe de proches, partirent pour le continent et
unirent leurs sorts, pour atteindre leurs buts, à un militaire rebelle
Lu chang K'uei commandant en activité dans la région.
C'est durant ce voyage que se passe le fameux épisode, où maître
Ueshiba, menacé de mort par des ennemis armés de fusils, vit sous
forme de traits de lumière la direction des balles qui se dirigeaient
vers lui et pouvait ainsi les éviter sans qu'aucun mal ne lui soit
fait; mais bientôt ils sont malheureusement capturés par des troupes
chinoises et sont condamnés à mort et durent leur survie qu'à
l'intervention in extremis du consulat japonais.
Plusieurs photographies
prises pendant leur captivité témoignent de leur pénible expérience.
Le
retour au Japon.
Maître
Ueshiba retourne à Ayabe. Il reprend l'enseignement des arts martiaux
à l'académie Ueshiba et travaille à la ferme Tennodaira . A cette époque il
s'intéresse particulièrement à l'enseignement du Sojutsu (la technique
de la lance), du Ken-jutsu et du jujutsu. Il comptait, parmi ses
élèves en Daito-ryu, un certain nombre d'officiers de la marine dont l'éminent
amiral Seiko Asano,
lui
aussi adepte de la religion Omoto.
Petit à petit, la nouvelle que maître Ueshiba accomplissait des prouesses en
arts martiaux se répandit. Seiko Asano fit, auprès de ses collègues
de la marine, des éloges sur Morihei Ueshiba et encouragea un autre amiral, Isamu
Takeshita, à venir à Ayabe afin de découvrir l'art martial enseigné
par Morihei. L'amiral Takeshita fut très impressionné et fit de son mieux
pour que Morihei puisse faire des démonstrations et diriger des stages à
Tokyo. Ses aptitudes exceptionnelles en jujutsu et son charisme firent bientôt
de lui un instructeur très apprécié au sein de l'élite militaire et
politique de Tokyo.
En 1925
survint un évènement
qui modifia radicalement la vision que maître Ueshiba portait sur les arts
martiaux. Un officier de la marine, maître de Kendo le défia en combat. Maître
Ueshiba accepte et gagne le combat sans vraiment se battre. Il n'utilise pas
son sabre mais évite ou dévie chacun des coups de l'officier car il est
capable de visualiser la trajectoire de ces coups avant que l'officier ne les
porte. Après le combat, maître Ueshiba , épuisé, se retire dans son jardin
pour aller se rafraîchir près du puits. Il eut alors un sentiment de grande
paix et de grande sérénité. Il lui parut soudain qu'il baignait dans une lumière
dorée descendue du ciel. Son corps et son esprit devenait de l'or. Cette expérience
intense et unique fut sa révélation personnelle, son Satori.
Maître Ueshiba raconte:"J'eus tout à coup la sensation que
l'univers tremblait soudainement et qu'une energie couleur or s'élevait de la
terre et entourait mon corps d'un voile, le transformant en un corps d'or. A ce
même instant mon corps et mon esprit devinrent lumineux. Je pouvais comprendre
le chant des oiseaux et j'eus conscience de la pensée de Dieu"...
"D'un seul coup je compris la nature de la création, la voie du guerrier ,
qui est de répandre l'amour divin": L' Aïkido était né! Il désigna cet enseignement sous le nom de
aïki-budo plutôt que aïki-bujutsu.
La subduction du caractère do à celui de jutsu change entièrement
l'esprit de l'étude: on passe de la "technique martiale de l'aïki"
à "la voie martiale de l'aïki".
L'établissement
à Tokyo.
Au début de
son installation,
de
1927 à 1931,Maître Ueshiba enseigna dans les résidences
privées de plusieurs de ses protecteurs
tels que la salle de billard du Duc Shimazu. Ses élèves étaient des officiers de
l'armée de terre et de la Marine, des hommes politiques et des dirigeants d'entreprises,
riches hommes d'affaires. Parmi eux, l'amiral
Takeshita était un élève très passionné, il avait présidé l'
Association de Sumo, et soutenait maître Ueshiba. Il avait étudié la
Daito-ryu pendant plus de dix ans et donnait des cours dans sa demeure. L'amiral
Takeshita se donna beaucoup de mal pour faire connaître Maître Ueshiba
et son art dans différents milieux. Cet appui fut certainement déterminant dans
le succès que maître Ueshiba connu à Tokyo.
En 1931, une collecte de fonds permet la construction d'un dojo
permanent et un logement pour Ueshiba à Ushigome, Wakamatsu-cho, quartier de Shinjuku,
qu'il nommera Kobukan. Actuellement c'est toujours à cet endroit
que l'on trouve le siège de l'Aïkikaï. Là en octobre, il reçoit
la visite de Jigoro Kano Sensei, maître du Kokodan, fondateur du Judo.
Maître Kano fut si impressionné par les techniques de maître Ueshiba
qu'il lui confia plusieurs de ses meilleurs élèves afin qu'ils apprennent l'Aïkido.
Takeda Sokaku y fit au printemps 1932 une visite de quelques semaines mais
l'élève (Ueshiba) ayant dépasé le maître (Takeda), leur chemins se séparèrent
définitivement. Ueshiba commença à y accueillir des Uchi-Deshi (élèves internes
et résident au dojo) en opérant une sélection très rigoureuse. Pour être admis
comme disciple on devait être recommandé par 2 parrains bien connus du Maître et
se soumettre à un entretien sans pitié avec le Maître durant lequel le postulant
devait attaquer Ueshiba et retrouvait immanquablement projeté à plus de trois
mètres. Comme Ueshiba était très exigeant, le nombre d'élèves résidents ne fut à
cette époque, jamais considérable. On ne comptait pas plus de 10 Uchi-Deshi. Le Kobukan dojo était alors connu sous le nom de "Dojo de l'enfer".
Plusieurs femmes remarquables s'entraînaient à plein temps et en particulier
Takako kunigoshi. Malgré sa petite taille 1m53 elle avait la réputation de
pouvoir rivaliser avec les hommes les plus lourds et les plus puissants. Rinjiro
Shirata (1912 - 1993) uchi-deshi habituellement chargé de relever les
défis en l'absence du Maître en fit l'expérience à ses dépens. Il disait d'elle
"Je n'ai jamais eu d'adversaire aussi coriace". C'est elle qui fit les dessins
du 1er manuel d'Ueshiba "Budo Renshu" qui circula dans un cercle privé en 1933.
Parmi les élèves de cette époque, se trouvaient des pratiquants renommés
tels que Yoïchiro Inoue, Kenji Tomiki, Minoru Mochizuki, Tsutomo Yokawa,
Shigemi Yonekawa, Rinjiro Shirata et Gozo Shioda.
En
1931
se
crée "l'Association pour la promotion des arts martiaux"
sous les auspices de la religion Omoto à l'instigation de Onisaburo,
cette association se crée dans le but de promouvoir l'action de Morihei
dans les arts martiaux. Des antennes de cette école sont établies dans
tout le japon et organisent des stages d'entraînement aux arts martiaux
en parallèle avec les réunions locales de la religion Omoto. Ce type
d'organisation sera effectif de 1931 à la fin de 1935, date à laquelle
la religion Omoto-Kyo sera brusquement interdite par le gouvernement
militaire japonais.
Entre 1939 et 1940, en plus de son enseignement au Kobukan,
Morihei fut engagé pour enseigner les arts martiaux dans différentes académies
militaires telles que l'école d'officiers de Toyama, l'école d'espions
de Nakano, l'école navale etc... Mais en réalité l'enseignement fut
souvent délégué à des élèves avancés du Kobukan car l'emploi du temps de
Morihei Ueshiba était surchargé.
Durant une partie de cet époque, Maître Ueshiba s'employa à
enseigner les techniques du Daito-ryu-aïkijujutsu et délivra des
diplômes rédigés sur des rouleaux. Cependant, ses relations avec Takeda
Sensei s'étaient détériorées et il prit progressivement ses
distances avec son ancien professeur. Morihei semble ne plus avoir eu aucun
contact avec Sokaku Takeda après le milieu des années trente.
En 1939,
Morihei est invité en Mandchourie pour faire une démonstration
publique. Il y combat l'ancien lutteur de sumo Tenryu et le cloue au sol
d'un seul doigt; celui-ci deviendra dès lors son élève. Il fit ensuite
plusieurs visites en Mandchourie, dont la dernière, en 1942 à
l'occasion de la célébration du dixième anniversaire de la création
de l'état de Mandchourie. Ce jour là, il effectua sa démonstration en
présence de l'empereur Pu'Yi. Le 30 avril 1940,
le Kobukan obtint le statut de Formation reconnue par le ministère
de la santé et de l'hygiène. Le premier président fut l'amiral
Isamu Takeshita.
Histoire
de l'Aïkikaï
En
1954 les quartiers généraux de l'Aïkido furent déplacés à
Tokyo, et le dojo de Tokyo prit le titre officiel de "Fondation
Aïkikaï": le Hombu Dojo de l'aïkido.
En septembre 1956 l'Aïkikaï effectua, pendant cinq
jours, la première présentation publique d'arts martiaux sur le toit
du grand magasin Takashimaya dans le quartier Nihombashi de Tokyo.
AïKikaï
de Tokyo.
Cette démonstration
eut un grand retentissement auprès des dignitaires étrangers. Même si Morihei
ne fut jamais partisan de ce genre d'exhibition, il comprit que le Japon entrait
dans une ère nouvelle et c'est pourquoi il laissa faire.
Le 7 août 1952,
un grand festival fut organisé au temple aïki d'Iwama pour célébrer les
soixante ans de pratique de Morihei et, en 1964, il reçut une distinction spéciale
de l'Empereur Hirohito en reconnaissance pour sa contribution
exceptionnelle aux arts martiaux.
Le 14 mars 1967,
la première pierre d'un nouveau Hombu dojo, immeuble de trois étages, est posée.
Il sera terminé le 18 décembre de la même année. Morihei Ueshiba ne garda
l'usage que d'une seule pièce pour travailler et dormir.
L'Aïkikaï jouit aujourd'hui d'une position privilégiée au sein de l'aïkido
mondial. Plus de la moitié des organisations nationales de l'aïkido reste
affiliée à l'Aïkikaï de Tokyo qui exerce le rôle de Fédération
Internationale d'Aïkido.
Cependant, d'autres formes d'aïkido sont aujourd'hui pratiquées:
-L'Aikido Yoshinkan crée par
Gozo Shioda, qui met l'accent sur un style puissant datant d'avant
guerre.
- L'aïkido Shinshin Toitsu crée par Kohichi Tohei, est une méthode de santé qui comprend des techniques d'aïkido
axées sur le concept du KI.
- L'aïkido Tomiki, mis au point par Kenji Tomiki, comporte une forme de compétition.
-L'Aikido Yoseikan crée par Minoru Mochizuki, constitue un ensemble de techniques
où l'on trouve mélangés
des éléments d'aïkido, de judo, de karaté et de kenjutsu.
Iwama
sanctuaire de l'Aïkido.
Vers la fin des années
trente, l'armée japonaise se trouva très impliquée dans la guerre. La plupart
des jeunes élèves de Morihei Ueshiba furent enrôlés dans l'armée.
Cette conscription clairsemat les rangs du dojo Kobukan, ce qui impliqua une réduction
de l'activité dans le dojo au moment ou la guerre du pacifique commença.
En
1942, après être tombé malade à la suite d'une grave
affection intestinale, Maître Ueshiba décida d'établir un nouvelle
base de l'organisation de l'aïkido dans la préfecture d'Ibaragi, dans
le village d'Iwama, où
il avait acheté des terres quelques années auparavant. Il laissa alors
la charge du dojo de Wakamatsu-cho à son fils Kisshomaru
Ueshiba.
A Iwama, Morihei commença la construction de ce qu'il nomma le Ubuya
(lieu de naissance),
le cercle sacré de l'Aïkido:
Un ensemble comprenant
l'autel de l'aïki et un dojo extérieur. Cet ensemble fut complété en 1964
par un ensemble de très belles sculptures. Quarante-trois divinités
gardiennes de l'aïkido. Le dojo, connu maintenant, comme le dojo Ibaragi, fut
achevé en 1945 juste avant la fin de la guerre. Là , loin de l'agitation qui régnait
à Tokyo en raison de la guerre, il s'investit dans l'agriculture, l'entraînement
et la méditation.
Ces années passées à Iwama s'avérèrent décisives pour le développement de
l'aïkido moderne. Morihei, avec toute la concentration possible s'investit dans
un entraînement intensif afin de pouvoir perfectionner son art martial dédié
à la résolution pacifique des conflits.
C'est à cette époque
que le fondateur approfondit l'étude du sabre appelé en aïkido Aïki Ken
et du bâton: Aïki Jo. Il considérait qu'il était fondamental de connaître
le maniement de ces armes pour exécuter correctement les techniques à mains
nues.
Il élabora alors un programme d'aïkido complet comprenant la pratique des
armes et la pratique à mains nues.
Pendant cette partie de sa vie passée à Iwama, Maître Ueshiba définit le
concept de Takemusu Aïki,
qui correspond à l'exécution spontanée d'une infinité de techniques adaptées
à une attaque quel qu'elle soit. Au cours des années cinquante maître Ueshiba
voyagea beaucoup à travers le Japon pour répondre aux innombrables
sollicitations qu'on lui adressait. Il passait aussi quelques jours par mois à
Tokyo pour revenir ensuite à Iwama. Il était, à cette époque, très
difficile de prévoir, d'un jour à l'autre, où se trouvait Maître Ueshiba et
même de savoir quand ils s'arrêterait pour diriger un cours à l'Aïkikaï de
Tokyo. Beaucoup d'élèves, qui commencèrent l'entraînement après la guerre
et eurent l'occasion de voir le fondateur enseigner ou faire des démonstrations,
furent enthousiasmés par l'énergie et la beauté de ses mouvements, tout comme
par son éthique des arts martiaux. A cette époque sa technique s'écoulait
comme un fleuve de son esprit, sans limite, fondamentalement différente de la
pratique extrêmement âpre qui mettait en évidence la force physique qui
caractérisait ses jeunes années.
Ueshiba n'était pas toujours le sage et paisible maître à la sérénité
souriante. Il entrait aussi dans des colères redoutables. Il était d'un
tempérament tellement explosif que sa colère terrorisait les hommes les plus
solides. Après avoir commis une faute, un des élèles qui vivait avec lui,
passa une journée entière le front parterre en signe de repentir. Ueshiba
aimait voyager et avait du plaisir à rendre visite aux nouveaux dojo
d'Aikido qui venaient de se créer. Si pour le vieux maître le voyage était
plutôt agréable, il n'en était rien pour ses disciples qui l'accompagnaient.
Ils ne pouvaient pas se reposer une seconde, devaient porter toutes les
bagages, et ne pouvaient jamais être sûrs de rien. Certaines fois Ueshiba
insistait pour être à la gare une heure avant le départ puis subitement
refusait de monter dans le train parce qu'il y avait quelquechose qui ne
sentait pas bon ! Ou encore, son accompagnateur, encombré par les bagages et
responsable d'aller chercher les billets, devait courir après un maître tétu
aux pieds légers qui partait dans n'importe quelle direction pour
disparaître dans la foule.
Lors des dernières années
de sa vie, lorsque sa santé commença à se dégrader, maître Ueshiba se
déplaça
moins rapidement et moins librement, il adopta alors ses techniques en les raccourcissant. Il projetait ses élèves d'un geste rapide ou d'un petit
mouvement de main et parfois sans les toucher.
Cette partie de sa vie coïncide avec les débuts du développement
international de l'aïkido, par des démonstrations publiques et par la
diffusion de films qui sont à l'origine de nombreux imitateurs qui n'avaient
pas compris, que cet aïkido, était une suite naturelle de ses expériences
passées et le résultat de plus de soixante ans de pratique et non un
commencement.
Morihei Ueshiba
décéda d'un cancer du foie, le 26 avril 1969. Il reçoit le même
jour une dernière distinction à titre posthume de l'Empereur Hiro Hito.
Ses cendres reposent dans le temple de la famille Ueshiba à Tanabe et les mèches
de ses cheveux furent conservées comme reliques sur l'autel de l'aïki à
Iwama, au cimetière familial de Ayabe et au grand autel Kumeno. Son fils Kisshomaru,
lui succéda comme second Doshu de l'Aïkido. Son petit-fils Moriteru est
aujourd'hui, à son tour, le troisième Doshu.